Le prix du patriotisme

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Dans un monde où les limites territoriales ne sont plus ce qu’elles étaient, l’amour que l’on éprouve pour sa patrie doit rester profond, inconditionnel. Néanmoins, cet amour qui n’est plus aussi platonique comme il l’était autrefois, a besoin non seulement d’être transmis de génération en génération, mais aussi entretenu pour être préservé. Sinon, c’est le désamour qui prend le dessus. Et quand désamour il y a, c’est ce qui peut arriver de plus grave à un pays. N’est-ce pas à cause de ce désamour qu’aujourd’hui des Marocains vont jusqu’à déclarer sans se gêner qu’il vaudrait mieux que les colonisateurs français reviennent au Maroc? Au-delà des motivations économiques évidentes, n’est-il pas vrai que c’est ce profond désamour qui pousse également la plupart des jeunes à  n’avoir qu’un espoir: se sauver de leur pays et se chercher d’autres identités?

Face à ce désamour, il serait simpliste de se borner à ruer dans les brancards en criant à l’affaiblissement du patriotisme des nouvelles générations sans en chercher les causes. Il faut savoir que de nos jours, même le patriotisme se paie. Son prix: le respect des droits des citoyens et donc de la démocratie, la vraie. Celle qui ne se limite pas au droit de remplir des urnes et de s’exprimer librement, mais qui garantit aussi et surtout le droit à une vie dans la dignité. Et la dignité voudrait qu’il y ait -entre bons patriotes- partage équitable des richesses nationales, égalité des chances, justice juste, droit à un enseignement valable, droit à des soins convenables… Dans tout cela, le Maroc est en chantier, mais à quand la fin des travaux?

Revenons au patriotisme! Puisque terre et patrie (ard et watan) ne font qu’un dans notre langue, voici un exemple que vient de donner à ce sujet une agence de l’Etat. A douar Lahna et à douar Oulad Aàrrad à la fraction de Tassoultante à Marrakech, 71 fellahs sont menacés d’expropriation par l’Agence Nationale de l’Habitat Insalubre (ANHI). Ces fellahs déclarent être propriétaires de leur terre. Ils arborent un parchemin séculaire pour le prouver. Ce document serait un dahir royal par lequel cette terre a été offerte à leurs aïeux. Mais l’ANHI ne veut rien savoir. Cette Agence voudrait faire construire des villas à la place de cette terre agricole. Quelle que soit l’issue de ce différend, on retiendra que l’Agence de l’Etat a proposé aux fellahs concernés 20 dirhams le mètre carré pour les exproprier. Est-ce à ce prix que l’on veut préserver le patriotisme dans notre pays?

 

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