Un tueur en série condamné à la peine de mort

Publié le par Mohamed Zainabi

Un homme de 32 ans, reconnu coupable des assassinats de neuf adolescents, a été condamné jeudi soir à la peine de mort par la cour criminelle d'Agadir, a-t-on appris vendredi de sources judiciaires. Aucune peine capitale n'a été exécutée au Maroc depuis 1993. La cour, composée de magistrats professionnels, a également condamné Abdelillah H. à verser un dirham symbolique à l'Observatoire national des droits de l'enfant (ONDE) et à l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), parties civiles. Le condamné, qui peut former un pourvoi devant la cour suprême de Rabat, devra également indemniser les familles de victimes. Arrêté le 2 septembre, l'accusé, célibataire et «aide-gargottier» à la gare routière de Taroudant près d'Agadir (600 km au sud-est de Rabat), a reconnu avoir abusé sexuellement de ses victimes, des garçons de 13 à 16 ans, avant de les tuer et de les enterrer dans un terrain vague. La découverte de ces cadavres en août dernier avait entraîné une véritable psychose dans la région.
Depuis
1993, le Maroc observe un moratoire de fait sur l'exécution de la peine capitale, maintenue dans le code pénal pour de nombreux crimes et encore régulièrement prononcée par les tribunaux marocains.

Ce que j'ai écrit sur le sujet en septembre :

Charnier de Taroudant :

Le présumé psychopathe pédophile intercepté,  mais l'affaire n'est pas close !

Par cette matinée du lundi 5 septembre, comme à son habitude, Taroudant semble si calme derrière ses remparts séculaires. Il est 7H30 et la ville s'est déjà réveillée. Avant d'inviter ses visiteurs à percer le secret de son intimité, cette ville ocre les accueille dans la promiscuité bruyante de sa gare routière improvisée. Greffé devant l'une des principales portes de la ville (Bab Zarbane), cet espace anarchique ne dévide pas de jour comme de nuit. Les grands taxis de couleur grise et ceux de couleur vert foncé bariolé de jaune, se mêlent à d'imposants cars dont les courtiers racolent les passants dans un va et vient interminable. Au milieu de la foule, ce qui intrigue: la vue des enfants poussant sans peine des charrettes. Ces enfants à l'allure gaillarde sont nombreux à sillonner cet espace crasseux. Peu d'entre eux trouvent quoi transporter. D'autres enfants, vendeurs de chewing-gum, de cigarettes en détail ou de menus gadgets viennent de temps à autre leur tenir compagnie. Symboliquement, un policier rappelle par sa présence que la sécurité est assurée sur les lieux. Ici, quand on évoque la macabre découverte le 20 août des restes des huit cadavres trouvés jetés à l'autre bout de la ville, on obtient des réponses aussi brèves que nuancées: «Ce crime est étranger à Taroudant», «La police trouvera le ou les criminels», «Tout finira par se savoir»… En effet, tout se sait ou finit par se savoir au milieu des murailles imposantes de Taroudant qui, tel un écrin, semblent précieusement renfermer les secrets de ses habitants si discrets avec tout étranger.

En entrant dans la ville, la même réserve à parler du charnier et de ce qui s'y rattache se fait sentir. Par exemple, la seule évocation de Oued El Waàr (l'oued difficile) répugne. On apprendra qu'historiquement cet oued a, à maintes reprises, inondé la ville lors des grandes crues. Sa dernière colère remonte à 1962. On le dit porteur de mauvaises nouvelles. Ce qui se confirma le 20 août, quand on découvrit dans le lit de ce même oued les ossements des huit cadavres.

Rappel des faits

Vendredi 20 août, dans la paisible ville de Taroudant, des passants ont fait aux premières heures de la journée deux macabres découvertes à quelque 500 mètres de distance. L'une près du lit de Oued Waâr et l'autre près du lotissement Hay Mohammedi à Bab Lekhmis. D'après un premier constat, il s'agissait des ossements de huit victimes comptées sur la base de huit crânes trouvés. A côtés d'une partie des ossements, il y avait deux moitiés d'un même corps. Une partie supérieure étêtée encore corsée dans un vêtement et une partie inférieure. Le tout était dans un état de décomposition avancé. Elément important: à côté du charnier, les policiers trouvèrent un papier portant cette inscription: «Je jure par Dieu que je me vengerai».

Une fois les ossements transférés à l'institut médico-légal de Casablanca, leur analyse a permis de constater que la mort des huit victimes fut d'origine criminelle (existence de traces de torture, de ligatures…), que leur âge se situerait entre 11 et 15 ans (deux victime seraient âgées de 11 ans, cinq autres de 13 à 14 ans et une de 15 ans) et qu'elles étaient toutes de sexe masculin. Il a été également précisé que la date de la mort remonte à moins de trois mois pour l'une des victimes et entre six mois et trois ans pour les autres. Des prélèvements pour des tests ADN ont été par la suite pratiqués sur les ossements pour les comparer à l'ADN de quelques parents ayant déclaré la perte d'un enfant. Les résultats de ces tests n'ont pas encore été révélés.

Il y a lieu de préciser que d'après leurs propres témoignages, plusieurs parents ayant perdu un enfant (la disparition soudaine et inexpliquée d'enfants semble être courante à Taroudant) ont vite fait de déclarer ces disparitions aux services de police. Ceux-ci sont pointés du doigt pour n'avoir jamais réservé de suite aux déclarations des parents concernés (voir témoignages).

Moins de deux semaines après la découverte des ossements, de retour sur les lieux du charnier, Oued El Waàr est redevenu désert et calme comme si de rien n'était. Un calme trompeur…

Les pistes d'investigation

A propos de l'auteur ou des auteurs de ces odieux crimes, les supputations ont abondé. Il s'agirait d'un ou de pédophiles psychopathes sanguinaires qui abuserait (aient) sexuellement de leurs victimes avant de s'en débarrasser, supposent les uns. Avec l'hésitation qui accompagne habituellement la révélation d'une grave confidence, ceux-ci arguent mezza voce du fait que la pédophilie reste un fléau répandu dans la ville de Taroudant. En revanche, il s'agirait pour d'autres de fquihs-sorciers qui rechercheraient des trésors en s'aidant de mauvais esprits. Ils auraient besoin dans leur quête d'enfants «zouhris» (aux yeux bleus caractérisés par un léger strabisme, aux mains portant des traits retraçant certains chiffres arabes…) qu'ils immolent en offrande aux djinns. Pour d'autres encore, ces huit cadavres ne pouvaient être que ceux de victimes qui auraient été malencontreusement massacrées après avoir été enlevées pour servir de bergers dans le désert du grand Sud. Mais, une question récurrente semait le doute sur ces hypothèses: pourquoi les ossements ont été déterrés et jetés précisément un 20 août sur la voie publique?

L'énigme résolue

N'ayant négligé aucune piste, les éléments de la police judiciaire de Taroudant, aidés par la brigade criminelle relevant de la sûreté d'Agadir, n'ont pas tardé à résoudre l'énigme. Lors d'une réunion où ils discutaient les faits, l'un des enquêteurs aurait fait remarquer d'une manière anodine que sur le verso du papier sur lequel fut écrit le message trouvé près des ossements, on pouvait lire le mot suivant écrit en français: Hadi. C'est ainsi qu'on fit des rapprochements et l'enquête fut dirigée vers un sens unique: trouver la personne indiquée. Celle-ci était connue de la police pour ces quelques incartades. Appréhendé, le concerné avoua aussitôt ses crimes. Il serait l'auteur présumé du meurtre des huit victimes dont il aurait abusé sexuellement avant de les étouffer au moyen de sachets en plastique.

Portrait du présumé coupable

Le mis en cause répondant au nom de H.I était connu pour ses errances. Il est né en 1962. On le voyait surtout le soir près de la gare routière aider un vendeur de sandwichs. Il vivait depuis trois ans sur un terrain vague à la sortie de Taroudant. Après avoir avoué ses crimes qu'il limite à huit, le meurtrier a indiqué à la police le lieu où il avait initialement enterré ses victimes qu'il choisit parmi les nombreux enfants travaillant à la gare routière (quatre de ces victimes seraient de Taroudant, les quatre autres seraient d'ailleurs). Ce cimetière improvisé fait partie d'un terrain protégé par un mur, disposant d'une porte et dont le propriétaire habiterait Casablanca. Le meurtrier disposait de la clé de la porte d'accès à ce terrain qui se trouve à Jnane Soussia près du quartier dit Mhita. Il aurait été chargé par le propriétaire de veiller de temps à autre sur ce terrain. C'es en apprenant que le propriétaire du terrain allait venir utiliser ce terrain pour la construction d'une maison, qu'il se dépêcha, affolé, de jeter ailleurs les cadavres enterrés.

Après ces révélations, le prévenu a été placé en garde à vue pour complément d'enquête sous la supervision du procureur général du Roi près la cour d'appel d'Agadir. Les prochains jours devront connaître l'achèvement de la procédure judiciaire au terme de laquelle il sera jugé.


Témoignages

Retrouver les demeures des familles dont un enfant a disparu ne fut pas une tâche facile. Toutes habitent dans des quartiers miséreux. Des quartiers qui se perdent le soir sous les ténèbres. Les enfants disparus ont des points communs: tous sont issus d'un milieu défavorisé, tous travaillent précocement, la plupart proviennent de familles nombreuses, la plupart ont vite abandonné l'école, certains parmi eux sont, selon leurs propres parents, «zouhris».

Les parents des enfants disparus que nous avons pu rencontrer se disent tous doublement affligés. Ils déplorent la disparition inexpliquée d'un être cher et dénoncent le laxisme des autorités dont ils ont sollicité, en vain, l'aide. Témoignages :

 

Naïma Lahmaz, mère adoptive de l'enfant Yassine Benamer

Citant le nom d'un certain Saleh qui serait des services de police de Taroudant, Naïma Lahmaz, révèle qu'elle a été à chaque fois repoussée dès qu'elle venait confirmer et reconfirmer la disparition de son fils adoptif depuis le 16 février 2004. Son fils, d'après elle, pourrait avoir été entraîné loin de la ville par un faux guide. Celui-ci lui aurait même téléphoné pour lui dire qu'elle ne pouvait rien faire contre lui et que l'enfant disparu était à Agadir. Intercepté et interrogé lors du déroulement de l'enquête sur le charnier de Taroudant, l'accusé n'aurait aucun lien avec la disparition signalée. Cependant, il apparaît que ses liens avec des enfants disparus se seraient limités à son désir d'assouvir ses penchants sexuels pervers. Il a été présenté à la justice pour être poursuivi pour cela.

 

Jamila Azgoud, grand-mère de l'enfant Saïd Idrissi

Quand la famille a signalé la disparition de l'enfant, leurs déclarations ne furent pas pris au sérieux. Les policiers ayant pris leur déposition leur auraient tout de suite rétorqué que l'enfant disparu devait se compter parmi les «harragas» (émigrés clandestins). Aujourd'hui, le sort de cet enfant est encore inconnu. Sa grand-mère préfère croire qu'il est encore en vie… A noter que Saïd qui travaillait également comme porte-faix dans la gare routière, est, selon la description de sa grand-mère, zouhri.

 

Bensaïd père de Noureddine Taji,

Même en étant scolarisé, Noureddine Taji travaillait comme porte-faix, il avait une charrette. Il avait à peine 12 ans. Il avait six autres frères. Il a disparu le 1er août 2000. Sa disparition, selon son père, est intervenue deux ou trois jours après qu'un individu connu pour être originaire de doukkala ait demandé au père de lui confier son enfant auquel il dit avoir trouvé un bon poste de travail dans une ferme. Rapportés aux services de police au lendemain de la disparition, ces détails ne semblent pas avoir été pris au sérieux par les policiers, confie le père attristé. Surtout, dit-il, que ce fut le même individu qui lui montra la charrette abandonnée par l'enfant après sa disparition.  Par la suite, on ne revit plus cet individu. Bensaïd espère que son fils est encore en vie et qu'il va un jour le retrouver. Il déplore l'ironie par laquelle des policiers le repoussaient quand il allait quotidiennement, pendant deux ans, s'enquérir des nouvelles de son fils. Il s'agit en cette occurrence aussi d'un enfant «zouhri», selon ses parents.  

 

Bouhouch Fatima, mère d'Ounil Youssef

Le 15 juin 2002 Youssef venait à peine d'avoir 13 ans. Il était vêtu des nouveaux vêtements que venait de lui acheter son père. Ce dernier est vendeur de légumes. Cet enfant qui apprenait la couture traditionnelle, a abandonné l'école, trois ans après y avoir accédé. Sa mère a vite fait de déclarer sa disparition. A chaque fois qu'elle allait réclamer des nouvelles, on l'invitait à chaque fois à ne pas perdre espoir.

 

Aït Amghar Hassan père de Aït Amghar Brahim

Ce fut en 1983 que disparut Aït Amghar Brahim. Il avait alors à peine six ans. Ce fut lors d'une visite effectuée avec son oncle aux «chorfas» de zaouiat Nihite près de Tlate Idouzdoud qu'on perdit ses traces. Il jouait avec l'un de ses cousins, quand on le vit pour la dernière fois. Dans la même «kabila» où cet enfant a disparu, son père nous signala que l'on parle de la disparition de 13 autres enfants. Hassan affirme que son fils est zouhri.

 

Pédophilie

Un fléau répandu et ancien à Taroudant

Le sujet est tabou et pourtant il ne laisse personne indifférent. Quand on pose la question sur l'étendue du phénomène de la pédophilie à Taroudant, personne n'essaie d'en contester l'existence. Certes, certains essaient de nuancer en soulignant que l'ampleur du fléau va en s'atténuant, d'autres prient pour la «guérison» des «mebliyine» (les patients) et d'autres encore s'en prennent aux touristes étrangers en les accusant d'être à l'origine du mal. Ces touristes éliraient domicile dans des riads construits sur les vestiges de maisons rachetées au prix fort. Ils auraient leurs propres entremetteurs, leur propre réseau.

Le mal serait donc fait: à Taroudant les pédophiles séviraient en toute impunité. Déjà en entrant dans les toilettes de la gare routière, les messages qui sont écrits à la sauvette à l'arrière des portes évoquent la question. On y trouve des invitations avec le numéro de téléphone à appeler, des insultes des pédophiles, des dessins, voire des descriptions... (En appelant l'un des numéros écrits, nous entendions ce message: Cet abonné a restreint provisoirement ses appels et on peut bien comprendre qu'il mesure la gravité de la conjoncture).

Malgré l'étendue que semble avoir la pédophilie, les Roudanais n'en font pas un débat passionné. Aucune association ni aucun parti politique ne s'est jamais mobilisé pour le faire. On entend parler de «cette belia» (ce vice), on en voit couramment certaines manifestations et on se tait. Personne à Taroudant ne veut avoir des démêlés avec les autorités (le Makhzen), affirme un jeune militant associatif. Surtout qu'il s'agit d'un phénomène vieux comme le temps. Pour preuve, cet extrait du carnet de route intitulé «Dans le grand Atlas marocain», écrit entre 1912-1916 par le Docteur Paul Chatinières du groupe sanitaire mobile de Marrakech:

«… Un chleuh, bourgeois de Taroudant, pénétra dans ma petite salle avec des airs mystérieux; il conduisit un petit être entièrement voilé d'une étoffe blanche, que je pris d'abord pour une femme. L'homme demanda qu'on laissât seuls, puis soulevant le voile, il me présenta un jeune garçon d'une douzaine d'années, aux grands yeux noirs, au teint blanc, aux joues roses, joli et pomponné comme une fille de joie. C'était son préféré qui était atteint, hélas! De végétations malencontreusement situées (NDRL : dans le derrière de l'enfant). Sous le chloroforme, quelques coups de thermocautère eurent rapidement débarrassé le jeune garçon de son excroissance. Le visage du Taroudannais exprima une joie débordante, il m'embrassa alors les mains et l'épaule, me témoignant sa reconnaissance pour lui avoir rendu ce qu'il avait de plus cher au monde. (…) Les Soussi sont réputés de mœurs efféminées, visiblement et spontanément, ils cherchent à plaire. Suivant les coutumes du pays, les enfants ou les jeunes gens vêtus avec recherche prennent des pauses lascives avec des sourires provocants, accaparant l'attention des hommes… »  

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