Révolte

Publié le par Mohamed Zainabi

Heure : 21H. Lieu : station des grands taxis devant un grand hôtel au centre de la ville de Casablanca. Décor : des gens qui forment une longue file d’attente qui va en s’allongeant, de jeunes courtiers qui organisent cette file font les cent pas, des badauds qui passent sans se retourner et une circulation encore dense couvre l’atmosphère de ses bruits et de ses fumées.

A cette heure-ci, en ce lieu et au milieu de ce décor, un jeune homme passe. Il est apparemment saoul puisque se tenant mal sur ses pieds vacillants. Il remarque la longue file d’attente. Il commence à compter les gens qui attendent: 1, 2, 3…10, 11…, 55, 56… Il arrive au centième et voit que la file continue à s’allonger par derrière. Les taxis attendus n’arrivent toujours pas. Enervé, le jeune saoul se révolte et commence alors à prononcer un important discours:

«Peuple d’attentistes, ainsi vous avez toujours été ainsi vous serez toujours. Vous attendez les taxis et les taxis n’arrivent pas. Les taxis vous emmerdent et vous ne faites rien. Vous vieillissez sur place et vous ne faites que ça». Voyant que des jeunes commencent à rigoler, le discoureur rouge de colère, les interpelle: «La jeunesse en rit, la vieillesse s’en fout». Il poursuit: «Les taxis n’arrivent pas, peu d’entre eux veulent maintenant desservir Sidi Bernoussi. Ils disent que c’est trop loin et vous ne faites rien».

Un jeune répond: «De quoi je me mêle, si t’as l’esprit réchauffé ce soir, rentre chez toi avant que tu prennes une douche froide!».

Avec un calme olympien, le jeune ivre réplique: «Douche froide! Mon œil!  Ainsi vous êtes, ainsi vous mourrez. Continuez à subir sans réagir! Cela ne regarde que vous. Bonne attente! Je m’en vais prendre moi-même ma douche froide».

Tous les gens qui attendent détournent les yeux. Ils font semblant de n’avoir rien vu, rien entendu.

 

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